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lundi 29 juin 2015

Transcript of President Jean-Claude Juncker's press conference on Greece

Transcript of President Jean-Claude Juncker's press conference on Greece

[1. Union des bonnes volontés contre division des égoïsmes nationaux]

Mesdames et Messieurs, bonjour,
Lorsque j'ai commencé, il y a longtemps, ma vie européenne, nous étions dix Etats membres, c'était en décembre 1982. Le dixième Etat membre venait tout juste de rejoindre la famille européenne, un an auparavant. Ce fut la Grèce et j'étais heureux à l'époque de voir la Grèce nous rejoindre pour compléter l'Union européenne, qui s'appelait encore les Communautés européennes à ce moment-là, parce que suivant les propos de Valéry Giscard d'Estaing, je ne voulais pas voir Platon jouer en deuxième division, et je ne voudrais pas voir Platon jouer dorénavant en deuxième division.
Aujourd'hui, nous sommes 28 pays membres qui ont été capables de réconcilier après tant d'efforts, après tant de sacrifices, et après tant de martyres, l'histoire et la géographie européennes. 28 Etats membres capables aussi de fusionner jusqu'à 19 monnaies nationales en une monnaie unique. Et ma perspective est que nous resterons à 19 et que nous serons plus nombreux au cours des années et décennies à venir.
C'est cette Europe-là, celle de la réconciliation, celle du compromis, celle qui veut comprendre les autres, qui est devenue la grande affaire de ma vie.
Une Europe qui se veut le lieu de la recherche patiente, déterminée de l'intérêt commun et non pas le théâtre d'affrontements entre intérêts nationaux si justifiés qu'ils soient dans la perspective individuelle et nationale.
Une Europe qui est le lieu de la convergence des volontés politiques et non pas de la rivalité entre des égoïsmes nationaux.
L'Europe ne peut fonctionner que si nous sommes capables de gérer nos différences dans un dialogue qui se veut vertueux et qui doit être respectueux, et d'organiser nos actions individuelles pour le bien de l'ensemble tout entier.
[2. Dramatisation des divergences, égoïsmes nationaux prenant le dessus]
En Europe, aucune démocratie ne vaut plus qu'une autre. Et dans la zone euro, il y a 19 démocraties. Non pas une contre 18, et non pas 18 contre une. Pour chacune des démocraties, un vote est un vote, un peuple est un peuple, un citoyen pris individuellement est un citoyen.
Ce n'est pas un jeu de poker-menteur. Il n'y en a pas un qui gagne et un autre qui perd. Soit on est tous gagnants, soit on est tous perdants.
Alors je suis profondément affligé, attristé, par le spectacle qu'a donné l'Europe samedi dernier. En une nuit, en une seule nuit, la conscience européenne a pris un sacré coup. La bonne volonté s'est quelque peu évaporée. Des égoïsmes, parfois des jeux tacticiens voire populistes ont pris le dessus.
Après tous les efforts que j'ai déployés, après tous les efforts qui furent ceux de la Commission et aussi des autres institutions impliquées, je me sens un peu trahi parce qu'on prend insuffisamment en compte mes efforts personnels et les efforts des autres qui furent nombreux et durables.
Il y a eu beaucoup de bruit, beaucoup de fureur et cela a couvert les voix de ceux qui ont travaillé, et continuent à travailler, jour et nuit, et je n'invente rien. J'admire beaucoup mes collaborateurs n'épargnant aucun effort pour garder la famille européenne unie.
La dramatisation des accords et des désaccords a pris le pas sur une approche commune pour parvenir à un accord dans l'intérêt de tous, à commencer par ceux des Grecs eux-mêmes.
On entend parler d'ultimatum, d'accord à "prendre ou à laisser", "take-it or leave-it" comme on dit en français, on a entendu parler de chantage. Mais qui agit ainsi ? Qui agit ainsi ? D'où viennent les insultes, les menaces, les quiproquos, les phrases non terminées qui portent l'imagination de ceux qui les écoutent très très loin, trop loin ? Vendredi encore, après des mois et des mois de discussions et de débats, nous étions une fois de plus déterminés, patients, autour d'une table à travailler au meilleur accord possible. Cet élan a été brisé de façon unilatérale par l'annonce du référendum et par la volonté de faire campagne sur le "non" à cet accord, et surtout en ne disant pas toute la vérité. Jouer une démocratie contre 18 autres, ce n'est pas une attitude qu'il convient à la grande nation grecque.
Cela n'aide aucun citoyen européen, et surtout aucun citoyen grec, et donc il faudra que les citoyens grecs qui sont appelés aux urnes dimanche prochain puissent voir clairement ce qui est en jeu.
J'ai tout fait, d'autres ont essayé de tout faire, et nous ne méritons pas toutes les critiques qui nous tombent dessus, nous ne méritons pas toutes ces critiques, ni moi-même, ni le Président de l'Eurogroupe Monsieur Dijsselbloem, qui s'est mis en quatre, au cours des semaines écoulées, pour parvenir à un accord. Et la collaboration que nous avons pu avoir, et le Président de l'Eurogroupe, et le Président de la Commission européenne, était inspirée par la même volonté de trouver un accord.

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